Je suis bonne en français, moi?


C’est mon premier cours avec cette professeure. Elle s’est à peine présentée et elle nous donne un texte à corriger. Je suis fébrile! Je sors mon crayon de plomb bien aiguisé, ma gomme à effacer, je suis prête, je suis bonne. Ça sent le cahier Canada neuf et le crédule espoir de la rentrée.

Un texte d’une page. Une création de monsieur Grevisse qu’elle a un peu modifiée. En tout, 18 lignes à corriger. Le dictionnaire est interdit.

Je survole le texte. À la première lecture, mon œil n’est pas blessé. Avec un peu plus d’attention, j’évite habilement quelques pièges tout en me disant que je suis probablement la seule à les avoir vus. Je relève 15 erreurs en tout et partout. C’est bon, c’est environ une faute par ligne. Je mâchouille mon crayon. Je suis excitée par le bon résultat que je me pronostique. Mon savoir-faire n’est pas donné à tout le monde! Ha ha! Que j’aime l’école!

Le sablier se vide

« C’est terminé! », nous dit-elle.

Mes yeux scannent rapidement les phrases, les mots, les lettres… j’ai toujours 15 boulettes à la consigne!

« Combien pensez-vous qu’il y a d’erreurs? », demande la grammatiste, le regard pétillant de savoir. Je m’écrase comme une galette; je ne dis rien. Je pressens que ma réplique va jaunir si je réponds fièrement.

« Trente! » dit Goglu en arrière de moi. J’avais déjà remarqué Goglu dans un autre cours. Il est originaire de la capitale de l’accordéon et détient trois bacs derrière son instrument. Il a réponse à tout. Il entonne toujours les règles en chœur avec les professeurs.

Prier ou réciter…

« Si le participe passé est suivi d’un verbe à l’infinitif, il s’accorde si le sujet fait l’action de ce même verbe à l’infinitif. », récite-t-il, à l’unisson avec elle.

Frustrée, je me demande pourquoi on ne m’a pas appris cette règle comme j’ai appris le « Notre Père ». Quand j’y pense aujourd’hui, j’aurais préféré formuler ma pensée en récitant des règles plutôt que de formuler des vœux en priant le Pater de régler mes problèmes d’apprentissage.

Il y a 30 erreurs, selon Goglu. Mon orgueil se tapit dans ma gorge d’apprentie grammairienne. Je me tais, c’est une bonne chose.

« Il y en a […]! » répond la réputée philologue.

Combien? Eh bien! Là, ma petite gloriole bascule dans le désespoir. Je remets en question le métier de réviseure.

Je regarde chaque erreur que j’ai laissé passer.

Crève-cœur.

Admettre, s’en remettre et en remettre

Le plus dur c’est d’admettre. Admettre qu’il est impossible de maîtriser cette langue sans outils.

Ensuite, il faut s’en remettre. S’abattre n’est pas une bonne idée. J’ai réécrit le texte bourré de pièges pour m’en faire un document d’entraînement.

Vingt fois sur le métier, remettre son ouvrage. C’est en travaillant et retravaillant qu’on se remet entièrement!

Merci, Marguerite Kumor! 
Je refais l’exercice tous les ans pour me rappeler, pour m’exercer et pour m’améliorer.
Maurice Grevisse

Curieux? Curieuse?

Combien pensez-vous qu’il y a d’erreurs dans ce texte?

 

Pour obtenir la version corrigée, rendez vous sur Entête de ligne. À votre demande, je vous enverrai la version corrigée. Autrement, je vous invite à consulter la bibliographie ci-dessous.


À propos

Marguerite Kumor possède une maîtrise en philologie romane de l’Université Jagellonne à Cracovie, en Pologne. Depuis 1984, elle donne des cours de grammaire française à la Faculté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal. Depuis 1986, elle est chargée de cours au Centre d’éducation permanente de l’Université McGill où elle enseigne le français langue seconde dans le cadre du programme intensif. Elle enseigne aussi la grammaire avancée aux étudiants du programme d’Écriture dramatique à l’École nationale de théâtre du Canada. Pendant six ans, elle a été correctrice au quotidien montréalais Le Devoir.

Sources et bibliographie :

http://fep.umontreal.ca/formations/certificats/communication/traduction-1/equipe-du-certificat/

GREVISSE Maurice. La force de l’orthographe, Éditions Entre guillemets – Duculot. Paris, éditeur André Goose, 1996, p. 281, no 227.

« Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage » – Nicolas Boileau

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